Juste parce que j'ai passé aujourd'hui une belle et riche journée chez Patrick Sastre (qui cherche à valoriser la laine de son troupeau avec une démarche qui me plait vraiment bien, en plus de vendre une viande bio... et tant qu'à faire, si tu manges de la viande, autant qu'elle soit bio, c'est mieux pour toi), je me suis dit que faire un récap' complet de la recette telle que je l'utilise aujourd'hui pourrait servir à d'autres, alors voici...

1. Je trie les toisons que je récupère. C'est le plus long à faire, mais c'est essentiel pour éliminer ce qu'on ne pourra pas filer avec plaisir. Ce qui part au rebut ira dans le compost, ou autour des arbres (si on en a) ou comme paillage dans le potager ou autour des fleurs, parce que les limaces n'aiment pas le mélange fibre-crotte-paille-et-divers-débris, pas toujours identifiables. Il y a des messages avec photos sur ce blog et on ne peut voir que ceux qui concernent (entre autres) le tri en cliquant sur "tri" dans la liste des "tags", en haut de la page, à droite.

2. Je récupère un bidon, genre bidon pour faire macérer les pommes à cidre, mais n'importe quel récipient en plastique type bidon avec un couvercle (qui de préférence ferme bien, parce que si ça ferme pas bien l'odeur passe et que si c'est ouvert, t'auras des colonies de moustiques) fait l'affaire.

3. En fonction de la quantité de toison que j'ai à traiter, j'ajoute la quantité d'eau qu'il faudra pour que ça soit immergé. L'eau peut être de l'eau de pluie à température ambiante ou de l'eau du robinet (si c'est le cas, tant qu'à faire, on la mettra chaude).

4. J'ajoute une petite poignée (ou deux cuillérées à soupe) de percarbonate de soude (trouvé en magasin bio). C'est plus basique (dans le sens chimique du terme) que le bicarbonate et souvent on l'utilise comme blanchisseur dans les lessives de linge, mais ça n'est pas aussi corrosif que la vraie soude caustique (NaOH) qu'il ne faut jamais, mais jamais, ô grand jamais, mettre en contact avec la peau ou d'autres muqueuses, sous peine de se retrouver avec des brûlures graves et irréversibles (on ne déconne pas avec la soude, sinon on le paie cher).
N.B. Plus ça va, moins je me demande si ce percarbonate est nécessaire. Il joue peut-être un rôle, mais j'ai déjà essayé sans et ça a très bien marché aussi. Pourtant l'eau de pluie est acide et une toison est normalement acide aussi, donc un ph plus bas devrait aider la fermentation.

5. J'ai mon bidon rempli d'eau, j'ajoute les morceaux de toison triés et j'appuie doucement (la tête carrément dans le bidon, j'en fais peu à la fois et j'ai un gros bidon) avec les mains, avec ou sans gants. A ce stade, la toison pue juste la bête et un peu la merde et la pisse (osons utiliser les mots). L'idée, c'est d'immerger tous les morceaux que j'ai dans mon bidon. Si finalement, je me rends compte que je n'ai pas assez d'eau, c'est pas grave, j'en rajoute. La fibre a tendance à flotter, mais je ne fais pas non plus "nager la fibre" dans plein d'eau. Au besoin, pour voir des photos, faire un clic sur le "tag" lavage sur ce blog (comme pour tri).

6. Je ferme le bidon et je laisse la nature faire son boulot pendant au moins une bonne dizaine de jours.
Là où je vis, en général l'été, il fait bon (rien qu'aujourd'hui, quand le capteur de ma voiture disait 30° à Chateaulin, je n'en avais plus que 23 chez moi).

7. Passés les jours, voire les deux semaines (ou plus) de trempe, je mets des gants en caoutchouc (la soupe a une odeur qui reste collée aux mains après de nombreux lavages au savon et elle décolore pour longtemps les bagues en argent), j'ouvre le bidon et je sors mes morceaux de toison.

8. Je mets immédiatement la nouvelle toison triée dedans. J'immerge comme la première fois et je laisse mon bidon au soleil. Normalement, en moins d'une semaine, la toison sera prête à être rincée. Au bout d'un moment de pratique, le sens olfactif dira si oui ou non le moment est bon, mais dans le doute, on peut laisser une bonne dizaine de jours en plus,pour être sûr.

9. La fibre que j'ai sorti de la soupe, je la rince, dans au moins trois eaux (de pluie, parce que j'aime l'idée de ne pas consommer plus que nécessaire), puis je l'étale sur des cagettes de champignon retournées (avec une pierre au dessus, parce que chez moi, il y a du vent - voir les photos sur ce blog).

10. Je laisse ma fibre sécher, rincer, aérer dehors sur ces cagettes pendant facilement une dixaine de jours, puis (s'il a fait humide ou qu'il a vraiment beaucoup plu), je rentre mes piles de cagettes dans le garage pour laisser sécher tranquillement.

Quand c'est sec au toucher, l'odeur est partie, la fibre est prête à filer, il reste juste assez de gras pour que ça aide sur le rouet ou le fuseau.
Pour avoir testé un petit bout de nappe de Landes de Bretagne (traitée de manière plus industrielle) sur le rouet tout à l'heure, je peux dire que par rapport à ma fibre, tout juste séchée après fermentation, à peine écharpillée aux doigts, c'est un peu plus sec et un petit moins facile - même si ça reste un bonheur à filer.

Quant au bain de soupe, il servira tant que j'ai des toisons à y mettre.

Plus il a servi, plus efficace il est. Avec ce qui me reste à faire, à vue de nez, ma soupe 2017 servira au moins jusqu'à fin novembre.

A noter (même si je l'ai déjà dit dans un autre message), cette méthode convient aux races rustiques. Pour du mérinos, d'autres ont eu des expériences malheureuses, avec une fibre (au départ blanche) devenue grise et cassante. Donc, si vous voulez tester, mais que vous avez un doute, rien ne vous empêche de faire un mini-bac de fermentation avec une petite boîte en plastique (qui ferme) que vous laisserez au soleil