Comme j'ai désormais du blanc à filer (et que le blanc, ça m'ennuie), naturellement, j'ai eu comme envie de voir si je ne pouvais pas donner de jolies nuances à ce blanc, moi, toute seule comme une grande. Bon, bien sûr, je pourrais essayer les colorants alimentaires, le film plastique et le micro-ondes ou la cocotte minute. Je pourrais aussi tester ces colorants dits "écolos", en tout cas moins toxiques que les trucs grand-teint qu'on trouve en supermarché (et qu'on déconseille si on utilise une fosse septique... je me dis que ça n'est pas pour rien). Mouais, l'idée ne me plaît que moyennement (même si je n'écarte pas la possibilité de tester un jour), alors dans le registre : j'ai pas fini d'expérimenter des trucs border-line, je me suis dit que j'allais faire comme à l'âge de fer, ou de bronze (ou avant, ou après, parce que mon propos n'est pas de faire une reconstitution historique précise).

J'ai fouillé sur le net, trouvé des idées et j'y suis allée comme souvent, "à l'arrache", sans vraiment me documenter de manière approfondie avant de me lancer. Pour une première expérimentation de teinture produite maison, je voulais partir de trucs à disposition et surtout, sans aucune hâte, ni produits "pas glop". Je voulais aussi éviter au maximum la dépense de ressources et d'énergie (autre que les miennes). Pourquoi ? Juste parce que j'aime l'idée et que je ne vois pas de raison pour laquellle ça ne marcherait pas.

J'ai repéré pas loin du boulot des lichens sur de l'écorce de bouleau. J'en ai pris très peu (ce qui était déjà tombé ou prêt à tomber) et j'ai mis à macérer dans un mélange d'1/3 de pipi humain, 2/3 de flotte, en secouant tous les jours ma bouteille d'un litre, remplie à la moitié. Euh, pourquoi du pipi humain ? Ben d'abord parce que c'est facile à se procurer, ensuite parce que normalement le pH de départ est basique, enfin, parce que quand ça fermente, ça produit de l'ammoniaque (utile à la prise ou la fixation de la teinture sur la fibre) et qu'en Ecosse et ailleurs, ça s'utilisait pas mal pour le traitement de la fibre.

Je n'oublie d'ouvrir la bouteille (presque) tous les jours pour que l'air puisse se renouveller un peu (ça fermente ce truc et ça serait ballot si la bouteille exposée au soleil - maigre en ce moment certes- et à tous les vents, devait exploser). Selon les jours, l'ensoleillement et la chaleur, ça a fait un vague pschitt (ou pas). Vers le 10 septembre j'ai ajouté le lichen à ma solution. Dès le début, ça s'est mis à puer plutôt fort et la macération a pris une jolie couleur roux/rouille, de plus en plus sombre et intéressante avec le temps.

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Une petite recherche m'a permis de trouver que mon lichen était de type "palmeria", qui en général donne plutôt des bruns que des roses/violets/bleus (ce que j'aurais bien eu envie d'avoir tout de suite dès ma première expérimentation). Je vais probablement filtrer la soupe immonde pour y mettre des bouts de toison blanche ou un écheveau déjà filé, mais pour le moment je continue à secouer ma bouteille tous les jours (ou presque) en lui laissant plus de temps de fermentation. Je compte bien laisser le processus se poursuivre, une, deux, voire trois semaines supplémentaires.

Un message sur le blog de Jenny Dean me laisse entendre que ma méthode va peut-être donner des résultats intéressants et pourrait bien être assez proche de ce qu'on faisait "in the Iron Age". Et poursuivant la lecture des pages d'Eléonore Moine, de Taty Lauwers, de Martha Herba, ainsi que les pages Teintures végétales du forum du filage (voir les liens sur ce blog), je me rends compte que je viens d'ajouter un nouveau dada à ma collection. J'ai déjà repéré d'autres lichens et je découvre que le rumex (il y en a plein dans les champs autour) peut donner des nuances du jaune au rouge orangé.

Et ce matin, en fouillant dans mon placard, je tombe sur un pot de curcuma en poudre. De ce que j'ai lu, le curcuma n'a pas besoin de mordançage. Alors, je ne résiste pas. Je mélange ma poudre à de l'eau et j'y colle des bouts de toison. Je ne chauffe rien, je mets juste à tremper. Je mets un couvercle sur mon petit seau que je range à l'abri. J'ouvrirai pour touiller dans quelques jours.

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On verra bien ce que ça donne. Je ne suis qu'au début de cette nouvelle aventure.