Est-ce que passer des cocons dans une cardeuse peut aider à faire des nappes de soie facilement exploitables au filage ?

C'est à voir... La question est posée sur un forum. Et je me propose d'expérimenter, puisque j'ai une cardeuse de ouf, avec tapis à 128 tpi (c'est-à-dire 128 "teeth per inch" ou pointe par pouce), le truc qui théoriquement te permet de tout carder, partant du brut de chez brut, au fin de chez fin. Comme je considère ma cardeuse comme un outil (et pas un objet précieux), je n'ai jamais peur de la soumettre à des traitements potentiellement éprouvants (sachant qu'au pire, si je bousille le tapis, je pourrais le changer, sans que ça me coûte un bras).

Donc, au courrier, me voici récipiendaire de cocons de soie teintés, envoyés par quelqu'un qui connaît cette fibre (et sa production) bien mieux que nombre de donneurs de conseils (à deux balles). Ma mission est juste de passer ces cocons à la cardeuse et de raconter. A vue de nez, c'est à ma portée.


Ci-dessous à gauche : les cocons juste sortis de leur enveloppe de courrier, puis à droite, les cocons vaguement écharpillés aux doigts pour en retirer l'essentiel des débris qu'ils contiennent encore.

SPA52857  SPA52858

Premier passage dans la cardeuse : la quantité de débris éliminés (récupérés en-dessous) est conséquente, mais il en reste encore.
Au deuxième passage, de ces petits débris, il en reste toujours et il reste aussi de ces tout petits morceaux qui ressemblent à un papier très fin.

Moyenne
SPA52863

Pour le troisième passage, je vais par-dessus la brosse de la cardeuse (je ne passe donc pas le tout sur la planche qui mène au petit rouleau - celui sur lequel, il ne vaut mieux pas laisser traîner ses doigts). La nappe est plus homogène et tient toute seule, mais n'est pas uniforme.

  SPA52864

Sans écharpillage, je n'aurais obtenu que des pâtés farcis de débris. les passages en cardeuse ont fait se tenir les fibres entre elles, mais je ne crois pas que le résultat soit plus facile à filer qu'un simple écharpillage minutieux.

Deuxième test (un mois plus tard) : des cocons de soié Eri traités "à l'indienne".
J'étire à peine et j'attaque. Faut du muscle, vraiment pas mal de muscle et une fois encore je me rends compte que la meilleure manière de procéder est de passer par-dessus le balai de la cardeuse pour étirer suffisamment les cocons. En passant par le petit rouleau avec ses grosses piques, on ne peut faire que des pâtés, qui demandent plus de force sur la manivelle et s'étalent en partie sur le petit rouleau. Avec une fibre aussi longue et solide, c'est galère à enlever.

SPA52865   SPA52870

Pour faire un comparatif, j'avais gardé quelques cocons à part pour les travailler aux doigts, rien qu'aux doigts.
A gauche la nappe cardée, à droite le nuage après écharpillage. Je crois que ce petit nuage sera bien plus facile à filer que la nappe.

SPA52871

Alors, est-ce qu'une cardeuse peut faciliter la préparation de cocons de soie ? Pour moi, la réponse est non, clairement non.
Sans écharpillage préalable, on n'arrive pas à obtenir une fibre exploitable, malgré le temps qu'on y passe et l'énergie musculaire qu'on y met.
Finalement, on peut même faire plus vite, pour un résultat bien plus homogène rien qu'avec ses doigts.
Ces petites nappes seront postées demain, pour que celle qui m'a envoyé les cocons puisse voir et toucher en vrai.

En achetant cette cardeuse, j'étais persuadée que c'était un outil indispensable pour préparer les fibres brutes. Je l'avais lu, on me l'avait dit, mais au moins pour ça, j'aurais pu m'en passer. Au bout du compte, elle ne me sert jamais pour préparer mes toisons lavées. Elle ne m'est utile que pour les mélanges de fibres et de couleurs et pour ça, effectivement, c'est un très bel outil.